Eduquer aux médias, oui mais pourquoi ?

Depuis le début de ma carrière, je trouve que l’éducation aux médias et aux nouvelles technologies est importante dans nos classes. Et je constate avec enthousiasme qu’elle est de plus en plus présente dans nos écoles depuis quelques années ! Mais au fait, pourquoi éduquer nos enfants aux médias ?

La période du COVID n’a fait que révéler un constat criant… nos écoles en communauté française étaient à la traîne face au développement des médias et face à ce monde de plus en plus numérique… Il y a encore peu de temps, peu d’écoles et surtout peu d’enseignants utilisaient les outils numériques quotidiennement dans leurs pratiques. Manque de temps, manque de formations, manque de matériel, programme trop floue et général, les excuses ne manquaient pas et il est vrai que mettre en place un tel cours demande des pré-requis pour l’enseignant mais aussi une base de matériel.

Pourtant ce cours est, selon moi, extrêmement riche et a une réelle plus-value pédagogique ! J’en suis convaincu depuis mes débuts entant qu’enseignant est au fil de mes essais et tests en classe, j’ai pu en constater les effets positifs. Je vous propose ici un petit tour d’horizon…

Eduquer aux médias, c’est permettre à l’enfant de manipuler des objets numériques qu’il croit connaitre. Qui n’a jamais entendu dire d’un enfant « il est né avec un smartphone dans les mains ! »… En effet cette génération semble très vite acquérir des réflexes liés aux nouvelles technologies. Mais ne nous voilons pas la face, s’il savent en surface manipuler ces objets connectés et ont instinctivement le réflexe de déverrouiller un smartphone ou de bouger une souris d’ordinateur, en grattant un peu on se rend vite compte qu’ils ne connaissent pas grand chose. Ils utilisent en effet ces nouvelles technologies sans se soucier des dangers, sans prendre conscience du potentiel qu’elles renferment, et surtout sans aucun esprit critique. Il faut donc les aider à construire des connaissances comme on le fait déjà en math, en français et dans toutes les autres branches. La littératie, la critique et donc l’autonomie médiatique ne sont pas innées, mais dépendent bien d’un processus d’apprentissage, comme on le fait avec la lecture, les tables de multiplication, … La littératie médiatique, c’est à dire la faculté d’accéder, de comprendre et d’analyser les médias, telle que préconisée par les nouveaux référentiels pédagogiques ne se devine pas ! Il y a tout un travail de fond à réaliser, des découvertes à faire, des analyse à pratiquer avec les enfants pour les amener à une utilisation efficace et raisonnée de ces outils numériques. Sans ce maillon, la chaine n’est pas complète et les dérives s’installent.

Eduquer aux médias, c’est aussi rendre l’enfant critique par rapport à ce qu’il voit. Noyés dans le flux de données ininterrompues que représentent les réseaux sociaux actuels, l’enfant peut vite se sentir perdu et prendre pour argent comptant tout ce qu’il voit et entend. C’est donc du devoir de l’école de l’aider à y voir clair et surtout de l’aider à développer son esprit critique face aux publicités, aux émissions, à la radio, aux articles des journaux, et de tous les autres médias qu’il aura l’occasion de croiser. Apprendre à lire et à décoder les médias (que ce soit les photos, vidéos, affiches, …) est l’un des points importants de notre travail auprès des enfants, afin d’en faire des acteurs du monde de demain. De nature, l’enfant croit tout, et combien de fois je n’ai pas entendu de leur part « Oui mais je l’ai vu sur Facebook donc c’est vrai ! ». L’apparition de l’Intelligence Artificielle renforce encore cette idée fausse, et recule encore un peu plus la frontière entre le réel et le faux. Dans un monde où la fake news devient de plus en plus difficile à décoder et il nous faut une base solide dès l’école primaire afin de donner les clés d’analyse aux élèves.

Eduquer aux médias, c’est également former l’esprit de l’enfant. La rigueur que demande la programmation informatique poussent les enfants qui manipulent des séquences de code, à devenir rigoureux, logiques et autonomes. La manipulation de robots aidera les enfants face à un problème logique, à un travail en autonomie lui permettra de créer ses propres séquences de code afin d’animer des personnages ou même de construire pas à pas son propre jeu vidéo. Au-delà de la création médiatique, cela poussera l’enfant à mieux comprendre les jeux qu’il manipule, à en cerner les propriétés. L’enfant sera effectivement amené à manipuler, comprendre et interpréter des algorithmes, des logigrammes et des programmes séquentiels. Des notions qui lui serviront dans des situations de la vie courante car elles ne sont pas réservées à l’informatique mais peuvent facilement être transposées dans d’autres domaines. Travailler sur la robotique, c’est également apprendre à travailler en groupe, collaborer avec ses pairs, argumenter ses choix et ses idées. Autant de forces qui serviront à l’enfant plus tard et dont il aura besoin dans sa future vie active.

Eduquer aux médias… mais aussi éduquer par les médias ! N’oublions pas que si l’ordinateur et les autres objets connectés attirent autant les enfant et les jeunes, c’est avant tout pour le côté ludique. Personnellement j’aime cacher du pédagogique derrière l’aspect ludique des médias, l’enfant n’y prend pas attention et « joue » mais il développe en fait tout un tas d’attendus, fait appel à une série de savoirs et savoir-faire, parfois bien plus que devant une simple feuille d’exercices. L’enseignant a donc là, selon moi, un belle porte d’entrée pour faciliter et/ou compléter les apprentissages et les découvertes réalisées en classe. Une tablette ou un ordinateur est en effet bien plus qu’un écran où l’enfant va simplement regarder défiler les actualités et les « réels »… Il peut, par l’intermédiaire des médias, manipuler, rechercher des informations, effectuer des exercices individuels en dépassement, suivre un parcours d’apprentissage ou de découverte en autonomie, mais également pallier à ses difficultés en ayant un document adapté à ses besoins spécifiques… Bref, l’écran en classe est un outil riche et multifonctions…

C’est en résumé une autre vision de l’école, une école 2.0 enrichie au numérique et où les enfants sont acteurs face à ces nouveaux outils, qui s’ouvre devant nous. Je ne crois pas que l’école où tout est numérique est une bonne chose… Tirons des leçons de ce qu’il s’est passé dans les pays nordiques, l’école où l’enfant ultra-connecté n’a pour seul cartable qu’une tablette est quelque chose d’utopique ! Gardons les livres, les bibliothèques, les fardes, gardons ce lien avec l’écriture manuscrite et le fameux tableau noir ! Mais ajoutons-y une touche de numérique où tablette, TVI et ordinateurs ont leur place, car les 2 peuvent tout à fait cohabiter. Et c’est justement ce savant dosage entre le numérique et le traditionnel qui rend notre enseignement meilleur et porteur de sens. Le numérique à lui seul ne suffit pas, mais l’enseignement traditionnel ne suffit plus, il nous faut donc trouver le juste milieu.

L’enseignant(e) d’aujourd’hui doit donc être à l’aise avec le numérique et trouver les meilleures façon de l’intégrer dans ses pratiques. Voilà la raison d’être de ce site et de mon groupe « Ma classe 2.0″, à savoir partager mes trucs et astuces pour aider mes collègues (au sens large) à intégrer le numérique dans leurs pratiques. N’ayons pas peur de répondre « je ne sais pas » à une question d’enfant face à un problème technique, n’ayons pas peur de cette école l’enseignant perd son rôle de détenteur du savoir absolu, mais devient au contraire le phare qui guide les enfants à travers l’immense océan qu’est le numérique…

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